- réputer
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• 1261; lat. reputare « compter, évaluer »1 ♦ Littér. Tenir pour, considérer comme. ⇒ croire, regarder (comme). « S'il est chaste, on le répute pédéraste; c'est la règle » (Flaubert).2 ♦ Cour. ÊTRE RÉPUTÉ (et attribut) :être tenu pour, considéré comme. « La Fronde est réputée pour une des périodes les plus amusantes de l'histoire de France » (Michelet). « Les enfants nés de l'union d'un citoyen avec une étrangère étaient réputés bâtards » (Fustel de Coulanges).♢ (Avec l'inf.) Vieilli Être réputé faire qqch. « Cette portion de la bonne société londonienne, qui est réputée ne pas engendrer la mélancolie » (P. Benoit). — Mod. Être réputé pour faire qqch., pour avoir fait qqch.réputerv. tr. être réputé (+ adj.): passer pour. Elle est réputée fort compétente.⇒RÉPUTER, verbe trans.[Avec un attribut de l'obj. ou une prop. inf. parfois précédé des prép. comme, pour] Considérer comme, déclarer comme une évidence. Synon. compter pour, regarder comme, tenir pour. Car je ne puis réputer savant tel qui, de la meilleure foi et avec tout l'esprit du monde, prêche tour à tour, à quinze lignes de distance, la liberté et le monopole (PROUDHON, Syst. contrad. écon., t. 1, 1846, p. 179). Mais l'assemblée ne peut pas davantage n'être qu'un instantané photographique pris de loin en loin et que l'on réputerait avec force de vérité légale être l'image authentique et seule authentique du pays (VEDEL, Dr. constit., 1949, p. 585).— Au passif. [Suivi d'un attribut] Qui est tenu pour, qui est considéré comme. Il ne prononce que des mots réputés heureux (CHATEAUBR., Martyrs, t. 3, 1810, p. 97). Il se lia en particulier avec M. Mydorge, alors réputé le premier mathématicien de France (VALÉRY, Variété V, 1944, p. 213).Prononc. et Orth.:[
], (il) répute [
]. Ac. 1694, 1718: reputer, ensuite ré-. Étymol. et Hist. 1. 1261 reputer pour « tenir quelqu'un pour, considérer comme » (Serments... ds Doc. histor. inédits, XXXI, éd. M. Champollion, Figeac, t. II, p. 69); 1812 réputé pour part. passé adj. (JOUY, Hermite, t. 2, p. 215); en partic. 1859 réputé id. « qui jouit d'une grande notoriété » beauté bien connue et fort réputée dans Madrid (PONSON DU TERR., Rocambole, t. 4, p. 383); 2. 1314 « être considéré comme, avoir la réputation de (au passif + attribut ou inf.) » est reputee [reputatur] artificïal et parfaite (HENRI DE MONDEVILLE, Chirurgie, 1644 ds T.-L.); 1694 réputé + attribut ou verbe au part. passé adj. réputés criminels (BOILEAU, Satires éd. A. Cahen, X, 635). Empr. au lat. class. reputare « compter, évaluer ». Fréq. abs. littér.:25.
réputer [ʀepyte] v. tr.ÉTYM. 1261; du lat. reputare « compter, évaluer ». → Réputation.❖♦ Rare. Suivi d'un attribut construit sans prép. : réputer qqn honnête, ou avec pour (littér.), réputer qqn pour… Tenir pour. ⇒ Compter (pour), considérer (comme), croire, regarder (comme). || On le répute bon musicien. || « Je réputais presque pour faux (1. Faux, cit. 2) ce qui n'était que vraisemblable. » (Descartes). — Vx. || Réputer à… || « Les plus ambitieux réputent à malheur De n'avoir des sujets de servir sa valeur » (Rotrou, in Brunot, Hist. de la langue franç., t. IV, p. 832).1 Un homme aussi sérieux, du reste, doit être calomnié. S'il est chaste, on le répute pédéraste; c'est la règle.Flaubert, Correspondance, 340, 1er sept. 1852.♦ Pron. (Vx) :2 Ils (les grands) viendront en leur temps, quand tout sera accompli (…) quand ils se réputeront les derniers de tous (…)Bossuet, Panégyrique de saint André, 1er point.——————réputé, ée p. p. adj.ÉTYM. (1694; « compté », fin XIIIe).1 Cour. Qui est tenu pour. ⇒ Considéré (comme), estimé. || Il est réputé intelligent. || Être réputé pour (→ 3. Fronde, cit. 1, Michelet), comme… (→ Inanité, cit. 1, Bossuet). || Les contrées réputées les plus dangereuses de l'Espagne (→ Pérégrination, cit. 2). — (Avec un nom attribut). || Un artiste, s'il n'est point original, n'est point réputé génie (→ Genre, cit. 36).3 (…) les enfants nés de l'union d'un citoyen avec une étrangère étaient réputés bâtards.Fustel de Coulanges, la Cité antique, III, XII.♦ Dr. || Être réputé…, suivi d'un inf. || Être censé (avoir fait telle chose, être dans telle situation, etc.). — Cour. || Il est réputé bien écrire, il passe pour… ⇒ Passer. || Être réputé pour… (→ ci-dessous, cit. 5, Romains), on considère que…4 En moins d'une année, Mme Jacques de Saint-Selve avait fait la conquête de cette portion de la bonne société londonienne, qui est réputée ne pas engendrer la mélancolie.Pierre Benoit, Mlle de la Ferté, p. 85.5 J'ai vu de gentils camarades, réputés pour n'être dupes de rien (…) et qu'une secousse médiocre, dont pour ma part je me serais tiré intact, désorganisait à fond.J. Romains, le Dieu des corps, I.2 (1875). Absolt. (En parlant d'une personne ou d'une chose). Qui jouit d'une grande réputation. ⇒ Célèbre, connu, fameux, prestigieux, renommé; vogue (en vogue). || Vin, cru réputé. || Un des restaurants les plus réputés de la capitale. — Il est réputé parce que…, pour son intelligence. || Ce vin est réputé pour son bouquet, à cause de son bouquet.6 (…) Françoise, voyant qu'il n'y avait toujours rien, se décida à courir chercher leur voisine, la Frimat. Celle-ci était réputée pour ses connaissances, elle avait aidé tant de vaches, qu'on recourait volontiers à elle dans les cas difficiles, afin de s'éviter la visite du vétérinaire.Zola, la Terre, III, V.
Encyclopédie Universelle. 2012.